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L'Afrique doit inventer son propre modèle de capital investissement

Dernière mise à jour : 23 févr. 2023

L’investissement en capital-risque est en forte hausse sur le continent en 2022 malgré la tendance baissière globale. Cette performance est une preuve du fort potentiel des startups africaines. Nous revenons sur l’excellente performance de 2022 et discutons des principaux défis du continent.


Quelles sont les tendances du capital-investissement en Afrique ?


L’investissement en capital-risque est en forte hausse sur le continent avec un record de 5 Mds de dollars investis en 2022 selon Africa : The Big Deal , la base de données de référence en la matière. Ce montant représente une hausse de près de 10% d’année en année. L’Afrique a défié la tendance mondiale du capital-risque, qui a baissé 35% d’année en année en 2022 selon Crunchbase à cause d’un environnement macro-économique et géopolitique défavorable.

Cette performance africaine à contre-courant démontre l’attractivité du continent. Sachant que l’Afrique ne représente qu’1% des investissements en capital-risque mondiaux, nous assistons plutôt à un rattrapage qu’à une exception africaine sur le plan macro-économique.

En ce début d’année 2023, les nouvelles sur la tech sont mauvaises dans les marchés développés. Les leaders du secteur ont tous annoncé des réductions d’effectifs records en prévision d’un ralentissement économique. Il est toutefois possible que l’Afrique continue à contre-courant cette année. Une startup Tunisienne dans l’intelligence artificielle vient d’annoncer une excellente opération de sortie à une valeur de 684 millions de dollars, la plus grande sortie pour une startup Africaine à ce jour. Instadeep a été fondée par deux Tunisiens à Tunis avant d’établir des opérations en Angleterre. Le géant allemand des vaccins, BioNTech rachète Instadeep pour sa technologie qui lui permettra de créer des traitements personnalisés contre le cancer. La sortie de Paystack en 2020, rachetée par le champion américain du paiement, Stripe, pour USD 200m, avait entraîné un engouement pour le capital-risque au Nigeria et sur le continent. Je pense que la sortie d’Instadeep aura le même effet ou encore plus d’effet.

Quels sont les défis et problématiques actuelles du capital-investissement en Afrique ?


Les défis principaux sont les manques de capital local, de réglementations encourageant le capital-risque et d’harmonisation des cadres juridiques des différents pays africains.

L’épargne africaine est insuffisante pour les besoins d’investissements du continent ce qui entraine une forte dépendance aux investisseurs étrangers. L’essentiel des 5 milliards de dollars investis en 2022 provenait de fonds d’investissements américains à côté d’une participation très faible des investisseurs locaux. Le continent entier compte moins de groupes d’angel investors que le Royaume-uni. L’African Business Angel Network rassemble 56 groupes d’angels contre 80 groupes pour la UK Business Angels Association. Le manque d’investisseurs capables de prendre des risques très tôt dans le développement d’une entreprise empêche de nombreux entrepreneurs de démarrer.

De nombreux pays africains n’ont pas modernisé leur droit des sociétés et n’offrent pas un cadre réglementaire attractif pour l’entrepreneuriat et le capital-risque. Alors que les pays développés ont des stratégies très agressives sur le financement de l’innovation et des startups, certains pays africains utilisent des cadres réglementaires archaïques, ayant peu progressé depuis le siècle dernier et n’encourageant pas le capital-risque.

L’Afrique offre énormément de potentiel de croissance mais un des obstacles principaux aux effets d’échelle sur le continent est le manque d’uniformité juridique et réglementaire entre les pays africains. Un entrepreneur africain qui veut offrir un produit innovant fait face à 54 marchés différents et ce manque d’harmonisation est un frein à l’investissement et la croissance.

Quels sont les changements à apporter pour que le capital-investissement fonctionne réellement en Afrique ?

Il est primordial d’adresser les trois manques : capital, réglementation et harmonisation, pour que le capital-risque en Afrique grandisse en relevance au-delà de seulement 1% des volumes mondiaux.

Investir dans des startups est bien plus difficile en Afrique que dans les marchés développés alors que le besoin d’investissement est énorme pour réduire la pauvreté et créer suffisamment d’opportunités économiques pour les africains.

Renforcer les capacités des angels africains sera important car ils sont un levier essentiel du financement des entrepreneurs et de l’innovation. L’African Business Angel Network a plusieurs initiatives qui visent à renforcer les capacités de mobilisation de l’épargne et les compétences techniques. Le Catalytic fund d’ABAN a levé 1,5 millions d’euros de l’Agence Française de Développement pour accompagner les angels africains dans leurs investissements. Une de ses autres initiatives est l’African Angel Academy qui a formé des angels dans 20 pays africains et a permis la création de nombreux réseaux, notamment Nairobi Business Angels et Business Angels Rwanda. Ces initiatives sont très efficaces et j’espère qu’ABAN pourra les multiplier.

Certains pays sont plus avancés que d’autres dans la modernisation des cadres juridiques et réglementaires gouvernant le capital-risque. En 2022, le Nigéria et la République Démocratique du Congo ont promulgué des « Lois Startups » qui simplifient et défiscalisent le financement des startups. Le Sénégal et la Tunisie avaient déjà des lois similaires en place et l’on espère que beaucoup de pays africains rejoindront ce mouvement.

Il n’y a aujourd’hui que très peu d’incitations à la mobilisation régionale de l’épargne pour le capital-risque. Il existe déjà des bourses régionales et des initiatives d’harmonisation des marchés des capitaux, notamment en Afrique de l’Est. Une initiative d’harmonisation du capital-risque serait excellente pour augmenter l’accès des startups au capital et j’espère que des progrès seront rapidement possibles à cet égard.

 


Umulinga Karangwa

Umulinga Karangwa is a Fund Manager and Investment Advisor with 18 years of experience in financial services with a focus on investments in Africa over the past 14 years.

Umulinga has raised and managed funds investing in Africa through different asset classes including listed equity, private debt and venture capital. She is passionate about developing home-grown asset managers and finding solutions for African investors to achieve impact and returns on the continent.

She is a member of several African angel groups including Dakar Network Angels, Nairobi Business Angels and Business Angels Rwanda.

Umulinga holds an Msc in Management and an Executive Master in Tax Management from Solvay Business School, Belgium. She is also a CFA Charterholder. She speaks fluent French and English and good Chinese (Mandarin).




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